Sylvie Fajfrowska à l’Artothèque d’Angers

Sylvie Fajfrowska

Sylvie Fajfrowska fait partie des artistes qui portent aujourd’hui en France les plus hautes ambitions de la peinture, en conjuguant l’intuition et une constante détermination.

Aussi pour lui rendre hommage, l’Artothèque d’Angers propose du 18 mars au 23 avril 2011 une exposition qui rassemble une majorité de peintures très récentes associées à quelques dessins inédits.

Pour qui suit le travail de Sylvie Fajfrowska, apparaissent, visibles, depuis peu, une plus grande liberté, un plaisir reconduit à chaque tableau, un humour caché jusqu’alors. C’est, tout du moins, le sentiment qu’en tant que regardeur, j’en ai. Plus le temps passe, et plus Sylvie Fajfrowska ose une figuration (quel autre mot employer ?) étrange. Singulière pour le moins. Dérangeante. Elle fait partie de ces peintres qui, se contrefichant des catégories instituées de l’histoire de la peinture, se situent à leur exact entre-deux. Une pratique de la peinture qui se fonde sur le « et », non plus sur le « ou ». À la lisière. Borderline. Une peinture d’équilibriste. J’ai le sentiment qu’elle pousse certaines pistes explorées jusqu’alors à leurs extrémités logiques. On a souvent souligné comment, bien qu’abstraite, sa peinture n’esquivait pas, bien au contraire, la question de l’image. Comment elle se livrait à une sorte d’inventaire, arpentant un territoire formel dans le seul but de faire fonctionner le tableau. On a écrit que le peintre travaillait également à partir d’images (réelles et/ou mentales)… Poursuivant ces recherches, une rupture semble néanmoins s’être opérée ces derniers temps. Aujourd’hui,

Sylvie Fajfrowska prend vraiment le risque de l’image. D’une image sans la narration. Sans la béquille que peut être parfois (souvent ?) la narration explicite, qui fonctionne alors comme une espèce de justification. Ici, rien de cela. Un sac, un ours, un oeil, un autre oeil, des fleurs, un soutien-gorge, un lit, un rond, un rideau, des lignes. Dans leur évidente présence. Ça et rien d’autre. What you see is what you get. Des figures sur des fonds, décontextualisées, abstraites à proprement parler… Suivant cette logique d’équivalence posée des jeux de formes et couleurs dans la seule finalité d’animer et construire le surface (logique qui a été utilisée très rapidement pour qualifier et analyser son travail), allons y. Peu importe la figure, pourvu qu’on ait le plan. Poursuivant, comme si ce sur quoi elle avait toujours déjà travaillé n’avait jamais été rien d’autre que des images de peinture. En même temps, je ne suis pas si sûr de ça, de ce que je viens d’écrire. Je ne suis pas certain que ce travail de peintre soit réductible à cette simple question d’une équivalence des jeux de formes et couleurs. Où peu importerait le sujet peint, où seule jouerait l’animation de la surface, du plan. Je me demande si les sujets que peint Sylvie Fajfrowska sont si innocents qu’ils voudraient bien le laisser croire, de prime abord. Parce que, là, face à nous, ces images n’ont pas de ces caractéristiques identifiables qui nous conduiraient à les classer dans ce registre de l’anodin. Elles ne sont pas des clichés de l’anodin.

Ni aujourd’hui, ni ne l’ont jamais été. Ces motifs paraissent à ce point choisis. Elus, dans le flux et le stock de toutes les figures possibles. Ce qui est peint me parait en même temps d’une incongruité et d’une précision telles, que les figures en question en sont encore plus louches. Intrigantes. (Surtout quand on connaît le temps que le peintre passe sur chacune des toiles. Sa lenteur d’exécution.) Des images hyperprésentes, tellement chargées, lourdes de références possibles qu’elles en deviennent vides ou plutôt creuses. Des images qui embêtent. C’est pénible l’image. C’est pas pratique. Ça bouche la vue. Ça englue le regard. Ça fait écran. Ça force à aller au delà, à creuser la surface. Ça a forcément du sens de peindre trois combinaisons de ski vides mais gonflées… en une sorte de faux triptyque qui en est un tout de même sans en être un… ou ailleurs des ours ou des sacs à mains. Mais qu’est-ce que ça vient faire ici, sur la toile ? Du sens. Mais, disons le, qui échappe. Se dérobe. Qui m’intrigue. Qui ne s’assigne pas si facilement. D’autant que ces motifs, ces figures font retour, récurrentes. Pas régulièrement, ni de manière obsessionnelle, ce serait trop limpide. Mais, suffisamment pour troubler, questionner sur leur choix. Deux ou trois fois. Des figures sur lesquels elle revient. Des figures qui reviennent.

Iconographie : souvent il est question de ce qui masque, ce qui cache. Des rideaux tirés, des vêtements, des sacs fermés… De ce qui laisse entrevoir. Qui détourne le regard. Des sous-vêtements. Des surfaces ajourées, incurvées. Egalement des yeux, et plus largement des formes rondes. Mais aussi de motifs qui ont à voir avec le corps : des objets pour le corps, des corps par allusion… Et plus explicitement encore, des intérieurs. Hypothèse : alors que tout une partie du travail tient en la mise à distance de toute expressivité (dans le geste, la facture, etc.), peut-être se tient elle précisément là. Dans cette affirmation sélective. Comme si ces figures fonctionnaient comme des récepteurs psychologiques particuliers. Tout (une relation intime au monde, l’expression d’un sujet) serait là, sous nos yeux, mais caché. Exposé et dissimulé. Jamais dévoilé. Figuré. Montrer en cachant, donner à voir en dissimulant. Jouer pleinement un des attributs de l’image. Pourtant, nous n’aurons jamais accès à cette cuisine interne qui a amené à ce choix particulier de ce qui est pas, et on s’en moque. Ce qui importe, c’est peut-être plus de savoir, de voir, de deviner la nécessité du choix. Et si cette hypothèse s’avérait vérifiée, cela modifierait considérablement le regard porté sur le travail.

Avec le Centre d’Arts Plastiques de Saint-Fons

 

Publié le 17/03/2011

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